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dimanche 10 juin 2018

Dans le cadre du G7 2018 de Québec, des institutions 
de financementdu développement IFD du monde s'engagent à réunir trois milliards de $US et à investir cette somme dans les femmes partout dans le monde.


Source : G7 2018, Charlevoix au Québec, 9 juin 2018, Centre international des médias du G7 2018 : de gauche à droite, Ambassadeur Naby Laye SYLLA., directeur NLS AB Conseil, félicitant Mme Marie-Claude Bibeau, ministre du développement international et de la francophonie du Canada, pour l'implication de la présidence canadienne du G7 2018 dans l'organisation du Défi 2X du financement pour les femmes.

Malgré la sortie avec fracas du président américain Donald Trump du communiqué final du sommet de deux jours à La Malbaie (Québec, est du Canada) et la confirmation de représailles de la part du Canada pour juillet 2018, le Sommet G7 2018 a quand même permis à Mme Marie-Claude Bibeau, ministre du développement international et de la francophonie du Canada et à M. Paul Lamontagne, directeur de FinDev Canada d'annoncer l'intention de réunir d'ici 2020 en coopération avec les représentants des institutions de financement du développement IFD des pays du G7, entre autre par l'intermédiaire de la plateforme en ligne Défi 2X du financement pour les femmes www.2xchallenge.org, trois milliards de $US afin de promouvoir et bonifier le statut des femmes sur les cinq continents. 

L'objectif principal est de mobiliser des capitaux privés sous forme de prêts commercial et industriel dans une proportion de deux $US pour un $US de capital social et ou de fonds et deniers publics afin de débloquer les ressources qui contribueront à l'essor des femmes comme entrepreneures et dirigeantes d'entreprise. Pour réaliser le montage financier, les IFD des pays membres du G7, à savoir FINDEV du Canada, Groupe CDC du Royaume-Uni, OPIC des États-Unis, CDP d’Italie, PROPARCO de France, BIC et JICA du Japon, et DEG d'Allemagne, prévoient utiliser des instruments financiers novateurs qui offrent aux femmes des pays en voie de développement un accès à des occasions de leadership, des emplois de qualité, du financement et du soutien à l'entreprise dans une perspective de croissance inclusive et durable. 

Des études et recherches empiriques mettent en évidence et démontrent que les femmes des pays en développement jouent un rôle clé dans la prospérité économique et la stabilité mondiale. Dans son rapport de 2015 intitulé The Power of Parity: How advancing women’s equality can add $12 trillion to global growth, le McKinsey Institute prévoyait une croissance inclusive et soutenable du PIB de 700 milliards de $US pour l’Afrique subsaharienne et de 2600 milliards de $US pour l’Amérique latine, d’ici 2025, si l’écart entre les sexes est comblé. Un an plus tard, soit en mars 2016, toujours dans une perspective de croissance inclusive et durable prévue du PIB dans le monde, pour 2025, passerait plutôt de 12 à 28 milliards de $US, selon le Stanford Social Innovation Review, si l’écart entre les sexes était comblé. 

Pour l'Ambassadeur Sylla Naby Laye, directeur NLS AB Conseil, l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes doit faire partie de l’ordre du jour des prochains G7, dont celui de Paris 2019. Car de manière globale il ne peut y avoir de croissance inclusive et durable si la moitié de la population mondiale est laissée pour compte par les pays du G7. C'est pourquoi le projet Défi 2X du financement pour les femmes doit viser à terme la participation et un leadership égaux des femmes dans tous les secteurs d'activités économiques. Comme moyens novateurs, la direction du Défi 2X du financement pour les femmes dispose de financement mixte pour soutenir des investissements et des initiatives qui offrent aux femmes des pays en voie de développement un accès à des occasions de leadership, des emplois de qualité, du financement et du soutien à l’entreprise. 

Le sommet du G7 aura aussi donné des résultats, avec des milliards de dollars à la clé pour les jeunes filles des pays en développement. Dans ce domaine le Canada, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Japon, l’Union européenne et la Banque mondiale se sont engagés à consacrer 3,8 milliards de $US à l’éducation des filles au cours des cinq prochaines années. De ce montant, le Canada versera 400 millions sur trois ans, bien que seulement la moitié de cette somme constitue de l’argent frais. Sauf que la Banque mondiale octroiera la part du lion, soit 2 milliards de $US en cinq ans. L’Italie, la France et les États-Unis ne font pas partie de l’annonce. Les autres partenaires ont tous des investissements significatifs en éducation des jeunes filles et n’étaient pas prêts à ce moment-ci à prendre un engagement spécifique pour les filles dans les situations de crise.

jeudi 7 juin 2018


Le G7 2018 : 

une synthèse critique



                                          Source : G7 2018 Québec, Canada


Quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse il y a plus de dix jours selon certaines sources de l'auteur que la Déclaration du G7 2018 de la Malbaie au Québec est écrite. Dans les faits, elle est une copie-coller de celle du G7 2017 puisque la position de Donald Trump sur l'Accord de Paris et le protectionnisme n'a pas changé. De plus, rien, absolument rien, sur la modernisation des règles de l'OMC, entre autre en rapport avec la surproduction d'acier et d'aluminium de la Chine. Le laissez-faire des gouvernements des pays membres du G7 rappelle la loi Smoot-Hawley promulgué aux États-Unis le 17 juin 1930 qui avait joué un rôle important dans les conflits économiques, et finalement militaires, de la décennie suivante.

Cette fois encore les apparences seront sauvées, ainsi que la morale politique du G7, mais à quel prix. Ce pourrait être l’histoire du verre à moitié plein et du verre à moitié vide. Inspirés par les priorités adoptées par Justin Trudeau comme président du G7 2018, les recommandations des groupes consultés par les sherpas soient le B7 (les chambres de commerce), le L7 (les syndicats), le W7 (les femmes), le S7 (les sciences), le T7 (les think tanks), le C7 (la société civile) et le Y7 (les jeunes) sur le développement humain, la sécurité des données, la sécurité numérique, le commerce progressiste, la croissance durable, la fiscalité équitable, l'environnement et la protection des océans ne recevront pas de réponses véritables, en terme de budgets, de plans de travail et d’échéanciers.

C'est pourquoi la priorité des prochains G7 doit passer de la grille d'analyse de la métaphore du village global à celle qu'appelle la logique d'empire du grand historien, feu Harold Innis. À maints égards, la perspective d'un nouvel empire des données a été évoqué lors du Sommet numérique de Tallinn de 2017. De nos jours, les données collectées par les nourrissent les algorithmes qui déterminent les conditions d'accès à un crédit ou à un emploi, prévoient le décrochage scolaire, détectent les profils à risque terroriste, et repèrent les prédispositions à certaines pathologies. Mieux encore, de plus en plus d'organisations prennent conscience que les données ne sont plus qu’une résultante des processus d’affaires et voient davantage les données comme un actif stratégique et géopolitique.

Grâce aux progrès des technologies de traçabilité, de géolocalisation, de captation et de computation des grandes bases de données, les géants du web autant américains que chinois collectent des données et les croisent pour générer de la valeur. Dès lors, l'analyse économique du droit comme géopolitique des services financiers appliquée bonifie le décryptage des rivalités de pouvoir sur des territoires et des populations difficilement séparables des concepts de rareté, de coût d’opportunité, de bien collectif, d'externalité, de risque moral, de coûts de transaction, d'anti-sélection, de bastion, de resquillage, de comportement opportuniste.

L'enjeu est de faire évoluer la finance vers l'allocation des ressources au service d'un développement inclusif et soutenable. En la matière, seule une approche pluridisciplinaire permet d'envisager ces nouveaux rapports de force entre États, plateformes, consommateurs et citoyens. La réconciliation des dynamiques économique, sociale, environnementales, culturelle, et spatiale dans le cadre des prochains G7 permet de donner la parole aux gouvernements, à la société civile et au secteur privé en matière de choix technologiques et d'hébergement des données. La grande difficulté est la recherche désespérée d'une logique territoriale ou nationale d'un droit monétaire et financier international pour en décrypter le fonctionnement et apprécier les règles qui peuvent l'encadrer.

Enfin savoir qui possède les données détermine si la démocratie, la prospérité économique, le modèle social participatif sont compatibles pour favoriser l'émergence d'un droit à l'accès à Internet et à la protection des données. Ce point de vue transcende les intérêts fiscaux des États des pays membres du G7 pour s'inscrire dans une vision globale de la notion de citoyenneté numérique. Désormais le XXIe siècle ne peut plus ignorer la mise en valeur des communs et l'octroi de droits de propriété sur les données. Car à l'image de la manufacture d'épingle d'Adam Smith les données personnelles traversent les frontières, et ce sur les cinq continents. Et pour cause.

  

Source : Olha Polishchuk, Drapeaux des pays G7, bouton avec cadre métallique et ombre

vendredi 15 décembre 2017

Le secteur canadien des services financiers et la chaîne de blocs

Le secteur canadien des services financiers est un marché de plus en plus porté par la technologie de chaîne de blocs, blockchain, en anglais (voir Schéma 1). Cette technologie est défini ici comme un registre mondial d'opérations partagés ou distribués sur un réseau d'ordinateurs participants. De manière globale, elle remplace certains systèmes transactionnels, comme les systèmes de paiement de base, et fait naître de nouveaux produits, tels que les contrats dits intelligents qui s'autoexécutent (Wilkins, 2016). Ou mieux encore, dans le Web 3.0, elle fera subir au système financier canadien ce qu'Internet a fait aux médias depuis le début des années 1990 (Ito, 2017).  

Le chemin à parcourir pour les grappes FinTech canadiennes reste important pour trouver les bons cas d’usage et transformer la chaîne de blocs en de nouveaux produits et services financiers accessibles à tous (voir Tableau 1). 
La capacité du secteur canadien des services financiers à inventer de nouvelles formes de distribution et de valorisation demeure tributaire des modèles d’affaires des géants du Net Google-Apple-Facebook-Amazon. Aujourd'hui encore, une partie de l'investissement des géants du NET vise à identifier des solutions de contournement aux limites du nombre de transactions par seconde, la consommation énergétique et le temps ou période de latence entre la fin d'un événement et le début de la réaction à celui-ci. 

Les autres investissements alimentent un écosystème d'entreprise qui expérimente la chaîne de blocs en tant que solution technique d’un nouveau mode de fonctionnement, ou d’un nouveau service. Pour être en mesure d’identifier un tel cas d’usage dans une grappe d'innovation, il faut mettre en œuvre une démarche qui implique des responsables métiers et techniques qui dispose d’une fine compréhension des architectures traditionnelles, mais également des mécanismes internes de fonctionnement de la chaîne de blocs. L’enjeu est de trouver le bon mécanisme de contrôle, décentralisé, avant l’enregistrement de nouvelles transactions, ou données, au registre. 

C'est dans cette perspective que les États-Unis ont commencé en 2016 à accorder des licences bancaires aux plateformes de prêts en ligne et autres technologies financières offrant des activités de dépôts, de chéquiers et de prêts (Syracuse, 2017). C'est aussi dans ce contexte que le gouvernement de Justin Trudeau doit justifier l'implantation de la Banque de l'infrastructure du Canada BIC à Toronto sans qu'aucune agence ne soit implantée à Montréal. L'écosystème FinTech MaRS de Toronto est ainsi en accélération et a le potentiel d'accroître son influence au sein des grands centres financiers mondiaux au détriment des autres écosystèmes FinTech, et cela, d'Halifax à Vancouver (Bradshaw, 2017; Greenwood et Steenhoven
, 2017).



Joichi Ito, Neha Narula and Robleh Ali, The Blockchain Will Do to the Financial System What the Internet Did to Media, Harvard Business Review, 8 mars 2017, 5 pages
Carolyn Wilkins, « Les technologies financières et l’écosystème financier : évolution ou révolution? » (discours devant Paiements Canada, Calgary [Alberta], 17 juin 2016). [www.banqueducanada.ca/2016/06/technologies-financieresecosysteme-financier-evolution-revolution]
Dana Syracuse, DC Blockchain Summit 2017, Legal update, Washington, march 2017, page 8
Joe Greenwood Joeri van den Steenhoven, The Rise of The Hub, How innovation is moving downtown, MaRS Discovery District, Toronto, March 2017, 20 pages
James Bradshaw, Sillicon Valley Bank sets sights on Canada, Report on Business, Globe and Mail, May 5, section B1





Schéma 1
Processus d'une chaîne de blocs pour laquelle une transaction se
résume en fait à trois informations : qui donne quoi à qui.




Tableau 1
Portrait des secteurs dans lesquels les FinTech canadiennes exercent leurs activités



Source : Rapport Ernst Young, Comment accélérer l'essor de l'écosystème FinTech à Montréal, Montréal, 2017 page 14