
La priorité du prochain Sommet du G20 sera la résorption du déficit extérieur des États-Unis et des excédents des pays d’Asie et exportateurs de pétrole. Depuis la fin du système des taux de changes fixes en 1971, les États-Unis bénéficie d’une hausse de prime sur leurs actifs détenus à l’étranger par rapport aux actifs détenus par les étrangers aux État-Unis. Grâce à l’hégémonie du $US, les Américains empruntent dans leur monnaie mais environ 70% de leurs actifs étrangers sont en monnaie étrangère. Le risque de change agit à court terme comme mécanisme d’ajustement du déséquilibre de la balance courante américaine tandis qu’une dépréciation du $US a un effet sur l’ajustement du déséquilibre du compte courant.
En 2007 les fonds souverains asiatiques et arabes ont atteint un volume d’actifs financiers de 2 700 milliards G de $US soit l’équivalent de la dette extérieure nette américaine. La part des fonds souverains asiatiques et arabes dans le financement du déficit extérieur américain et de l’ensemble des pays industrialisés par les pays émergents et exportateurs de pétrole devraient augmenter et celle des banques centrales diminuer. La conjonction de la réduction du déficit extérieur des pays industrialisés et de celle de la part des banques centrales dans le recyclage des surplus des pays émergents et exportateurs de pétrole aura comme conséquence de limiter la création monétaire mondiale et l’effet de levier d’endettement.
La volonté des dirigeants du G20 de réorganiser le système financier international caractérise un contexte d’insécurité, de concurrence et de rivalités géostratégiques. Cette volonté est une extrapolation de la géopolitique par l’économie sur le système international. La tendance à privilégier l’économique s’explique par un contexte de convergence globale des économies nationales en termes de modèles de croissance et de stratégies de réforme. La principale difficulté réside dans le type de gouvernance qui serait le plus apte à fournir un niveau optimal de biens publics internationaux comme le contrôle des émissions de gaz à effet de serre, la sécurité des approvisionnements énergétiques et les monnaies internationales.
Dans le secteur de l’énergie et des ressources, le Canada est sûrement la dernière chance de l’Europe même élargie à la Russie. La disparition des glaces dans l’Arctique laisse entrevoir la possibilité de l'ouverture du Passage du Nord-Ouest et l’accès à des gisements de minerais et d’hydrocarbures considérables. Les pays riverains de l’océan Arctique se sont engagés à régler leurs différents sur les plate-formes continentales et la souveraineté des eaux en se basant sur les règlements internationaux existants. Sur l’accès aux ressources, les Russes et les Canadiens sont d’avis que la Convention des Nations unies pour le droit de la mer s’applique tandis que les États-Unis et l’Europe s’y opposent.
Quoi qu’il en soit, la notion d’intérêt national est toujours présente dans les relations énergétiques internationales. D’un côté il y a les demandes énergétiques nationales et de l’autre un système énergétique défini comme un marché qui opère sur une base mondiale et ou régionale. De ce point de vue, l’Europe doit définir une stratégie à l’égard de ses fournisseurs énergétiques et par rapport à ses principaux rivaux commerciaux. La sécurité des approvisionnements énergétiques ne résulte pas seulement de la géoéconomie du golfe Persique mais aussi d’une macro-géopolitique qui doit de plus en plus se combiner à la micro-géopolitique des ethnies, des religions et des cultures.


