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jeudi 7 juin 2018


Le G7 2018 : 

une synthèse critique



                                          Source : G7 2018 Québec, Canada


Quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse il y a plus de dix jours selon certaines sources de l'auteur que la Déclaration du G7 2018 de la Malbaie au Québec est écrite. Dans les faits, elle est une copie-coller de celle du G7 2017 puisque la position de Donald Trump sur l'Accord de Paris et le protectionnisme n'a pas changé. De plus, rien, absolument rien, sur la modernisation des règles de l'OMC, entre autre en rapport avec la surproduction d'acier et d'aluminium de la Chine. Le laissez-faire des gouvernements des pays membres du G7 rappelle la loi Smoot-Hawley promulgué aux États-Unis le 17 juin 1930 qui avait joué un rôle important dans les conflits économiques, et finalement militaires, de la décennie suivante.

Cette fois encore les apparences seront sauvées, ainsi que la morale politique du G7, mais à quel prix. Ce pourrait être l’histoire du verre à moitié plein et du verre à moitié vide. Inspirés par les priorités adoptées par Justin Trudeau comme président du G7 2018, les recommandations des groupes consultés par les sherpas soient le B7 (les chambres de commerce), le L7 (les syndicats), le W7 (les femmes), le S7 (les sciences), le T7 (les think tanks), le C7 (la société civile) et le Y7 (les jeunes) sur le développement humain, la sécurité des données, la sécurité numérique, le commerce progressiste, la croissance durable, la fiscalité équitable, l'environnement et la protection des océans ne recevront pas de réponses véritables, en terme de budgets, de plans de travail et d’échéanciers.

C'est pourquoi la priorité des prochains G7 doit passer de la grille d'analyse de la métaphore du village global à celle qu'appelle la logique d'empire du grand historien, feu Harold Innis. À maints égards, la perspective d'un nouvel empire des données a été évoqué lors du Sommet numérique de Tallinn de 2017. De nos jours, les données collectées par les nourrissent les algorithmes qui déterminent les conditions d'accès à un crédit ou à un emploi, prévoient le décrochage scolaire, détectent les profils à risque terroriste, et repèrent les prédispositions à certaines pathologies. Mieux encore, de plus en plus d'organisations prennent conscience que les données ne sont plus qu’une résultante des processus d’affaires et voient davantage les données comme un actif stratégique et géopolitique.

Grâce aux progrès des technologies de traçabilité, de géolocalisation, de captation et de computation des grandes bases de données, les géants du web autant américains que chinois collectent des données et les croisent pour générer de la valeur. Dès lors, l'analyse économique du droit comme géopolitique des services financiers appliquée bonifie le décryptage des rivalités de pouvoir sur des territoires et des populations difficilement séparables des concepts de rareté, de coût d’opportunité, de bien collectif, d'externalité, de risque moral, de coûts de transaction, d'anti-sélection, de bastion, de resquillage, de comportement opportuniste.

L'enjeu est de faire évoluer la finance vers l'allocation des ressources au service d'un développement inclusif et soutenable. En la matière, seule une approche pluridisciplinaire permet d'envisager ces nouveaux rapports de force entre États, plateformes, consommateurs et citoyens. La réconciliation des dynamiques économique, sociale, environnementales, culturelle, et spatiale dans le cadre des prochains G7 permet de donner la parole aux gouvernements, à la société civile et au secteur privé en matière de choix technologiques et d'hébergement des données. La grande difficulté est la recherche désespérée d'une logique territoriale ou nationale d'un droit monétaire et financier international pour en décrypter le fonctionnement et apprécier les règles qui peuvent l'encadrer.

Enfin savoir qui possède les données détermine si la démocratie, la prospérité économique, le modèle social participatif sont compatibles pour favoriser l'émergence d'un droit à l'accès à Internet et à la protection des données. Ce point de vue transcende les intérêts fiscaux des États des pays membres du G7 pour s'inscrire dans une vision globale de la notion de citoyenneté numérique. Désormais le XXIe siècle ne peut plus ignorer la mise en valeur des communs et l'octroi de droits de propriété sur les données. Car à l'image de la manufacture d'épingle d'Adam Smith les données personnelles traversent les frontières, et ce sur les cinq continents. Et pour cause.

  

Source : Olha Polishchuk, Drapeaux des pays G7, bouton avec cadre métallique et ombre

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